Nous avons finalement réussi à aller voler samedi après-midi. Le vol était prévu à 17h, mais voyant le TROWAL arrivant vers 18h-19h au-dessus de nous, apportant orages et autres caractéristiques "favorables" au vol, j'ai décidé d'avancer ça à 15h.
Nous étions à l'aéroport vers 15h. Aucun instructeur pour approuver mon départ, alors on attend. Finalement, il y en a un qui arrive, on n'a jamais volé ensemble, alors il me pose quelques questions, vérifie mes papiers et me dit OK. Ayant vu les cumulus un peu autour ainsi que la grosse masse nuageuse arrivant de l'ouest (le trowal) avec ses TCU, je lui demande si c'est turbulent. Il me dit que oui, un peu.
On part préparer l'avion, on met le carburant, et c'est parti. J'appelle le contrôleur sol qui me donne des informations. Je commence à tranquillement circuler, alors que le contrôleur me dit d'aller plus vite quand je reçois des instructions et qu'à cause de moi, deux avions devaient attendre. Il y avait un King Air qui attendait que je passe pour pouvoir embarquer à son tour sur Tango. Pfff, ça va pas? T'avais juste à me faire attendre et faire passer les deux autres, je suis pas du type à précipiter les choses si on ne me le demande pas au préalable.
Après un point fixe complété, on attend à l'écart pendant un gros 5 minutes, à cause de deux aéronefs en finale, et d'un plus lourd qui décollait sur la piste parallèle (turbulence). Enfin, on décolle finalement. Pleine puissance, tout est bon. Un petit vent de travers mais rien de sorcier comme la dernière fois. Et voilà, les roues se détachent du sol et on commence à monter. Environ aux alentours de 500 pieds, je demande à ma passager si tout va bien, et elle répond que oui. Je la sentais nerveuse mais normal quand c'est la première fois qu'on embarque dans un avion..
Un virage à gauche vers St-Basile et on monte jusqu'à 1 900 pieds. On sort de la zone de contrôle peu de temps après. On arrive à Beloeil, et c'est environ à ce moment-là que je commence à me questionner sur l'état de mon passager. Elle est toute blanche, et quand je lui parle et explique des choses, elle répond plus ou moins. Pas d'enthousiasme. Je lui redemande si tout va bien. Elle me dit que oui, de façon incertaine. Quelques minutes après, je lui redemande encore, elle me dit que pas vraiment. Nous longions alors le Richelieu en direction nord. Je lui dis qu'on va bifurquer vers l'ouest pour redescendre tout de suite vers St-Hubert le long du fleuve. Elle me dit que c'est une bonne idée.
Un peu après, elle me signale qu'elle ne se sent vraiment pas bien. Une chance que je lui avais suggéré d'apporter un petit sac.. elle l'a utilisé pleinement..
La situation était difficile à gérer pour une première fois. Oui, c'est vrai, ça brassait pas mal. J'étais rendu habitué, mais pour une première fois, c'est peut-être un peu trop. Des fois, j'avais du mal à garder mon altitude. Je sentais que j'entrais dans un courant vertical et je n'étais plus capable de maintenir mon altitude, je dépassais l'altitude du terminal jusqu'à parfois 2 200 pieds (je ne devais pas dépasser 2 000). Et l'inverse est aussi vrai, dans les courants descendants. La puissance de la nature...
En plus de la difficulté à piloter, j'ai une passagère malade à côté. L'odeur qui remplit rapidement la cabine n'aide pas à ma concentration, mais je garde mon sang froid et je me concentre sur mon pilotage. Je balaie fréquemment mes instruments: vitesse, altitude, puissance moteur. Mais en même temps, il faut absolument que la situation à bord ne dégénère pas, alors je dois gérer ça en plus. La rassurer et lui parler calmement de façon à lui faire comprendre que tout va bien et que nous serons au sol sous peu.
Tout au long du segment qui nous ramenait vers Varennes pour rentrer à St-Hubert, j'imaginais plein de scénario à l'intérieur de moi. Qu'est-ce que je fais si elle panique ou réagit mal? Si elle fait en sorte que la sécurité pourrait être compromise? Si l'odeur me rendait malade moi-même? Est-ce que je devrais aviser le contrôleur étant donné qu'il y a beaucoup de trafic? Où vais-je atterrir en cas d'urgence (atterrissage de précaution)? Plein de questions qui me traversaient l'esprit.
Heureusement, elle demeurait calme. En arrivant près de Varennes, je lui expliquais que nous serions arrivés bientôt et que tout irait bien, encore une fois. Voyant que oui, elle ne se sentait vraiment pas bien, mais qu'elle restait calme et que la situation et l'odeur ne me déconcentraient pas, j'ai décidé de poursuivre le vol comme si de rien n'était. J'appelle le contrôleur qui m'informe de trafic sur mon aile droite 300 pieds au-dessus. Wow, je l'avais pas vu. Puis je rappelle le contrôleur passé l'IREQ, et il m'autorise pour une base droite 24R. J'ai une demande pour la 24L, mais il y a trop de trafic et c'est refusé sur le champ. Je pointe du doigt l'aéroport ainsi que la piste à ma passagère, question de la rassurer le plus possible. Je lui fais un petit exposé sur l'atterrissage et lui demande de ne pas parler le plus possible pendant cette phase du vol pour me permettre de me concentrer. Je tourne en finale, assez loin, et au fur et à mesure que je me rapproche, je réduis ma vitesse et je sors mes volets. Je garde une vitesse un peu plus grande à cause de la turbulence. Je touche la piste à environ 75 noeuds, un peu trop vite, et je fais un rebond. Wow, quel mauvais atterrissage! Je voulais juste en finir.. je sors sur Lima, et on retourne jusqu'à Cargair.
Quel vol, désagréable à la fois, mais tout un défi de relevé!
Environ 30 minutes après l'atterrissage, il commençait à pleuvoir, et le ciel était rendu couvert d'un gris épais...